Musée de la batellerie et des voies navigables

La collection du musée Travaux Public

Il y a une déjà longue histoire entre la section « Voies navigables » de l’ancien musée des Travaux publics et le musée de la Batellerie de Conflans-Sainte-Honorine.

image1

Les archives conservent un projet de convention de dépôt daté de février 1982…

En 1986, une première œuvre est déposée à Conflans, suite aux recherches menées conjointement par Vincent BRADEL et François BEAUDOUIN pour l’exposition Un canal … des canaux, organisée par la CNMHS. Les maquettes de la section des voies navigables sont retrouvées à Briare. Elles étaient stockées dans la grande halle de l’usine élévatoire depuis 1962, en prévision de la création d’un musée.

Les œuvres sont rapatriées à Paris, présentées dans l’exposition et remises en caisse, à l’exception de deux maquettes confiées au musée de la Marine de Loire de Châteauneuf-sur-Loire et de la maquette d’un tracteur de halage sur berge déposée à Conflans.image2

Entre 1995 et 1997 plusieurs démarches sont à nouveau entreprises pour obtenir le dépôt de quelques œuvres…

Plus de vingt ans après la première démarche officielle, la section

« fluviale » retrouve enfin vie dans le cadre de l’exposition permanente du musée de la Batellerie. La nouvelle présentation, inaugurée en juin, marquait le lancement de la politique de mise en dépôt de l’ensemble des collections subsistantes. Les œuvres ont été nettoyées, remontées, « mises en scène », et, pour l’écluse de Janville, remises en fonctionnement… image3

Le travail réalisé à cette occasion permet de mieux appréhender la place des voies navigables dans l’ancien musée, d’analyser la qualité et l’origine des œuvres, de comprendre pourquoi elles ont été choisies pour illustrer le « Génie français ».

L’expérience conflanaise permet aussi d’aborder la problématique de la restauration des maquettes animées et de s’interroger sur le travail de documentation et de mise en perspective des œuvres dans les nouvelles muséographies.

I / Les voies navigables dans le musée des Travaux publics

Le guide des collections permanentes édité en juillet 1946 donne la liste des œuvres regroupées dans la « salle des Voies navigables et des Ports Maritimes » :

« Les Voies navigables sont représentées par les maquettes animées des barrages de Chatou, Suresnes et Vive-Eau, des écluses électrifiées d’Amfreville et Janville, ainsi que les maquettes des ports de Lyon et Strasbourg.

Enfin une maquette de Toulouse montrant les travaux projetés sur la Garonne pour lutter contre les inondations, une maquette de tracteur électrique employé sur les canaux, pour le halage des péniches… »

La collection d’origine, rassemblée dès 1938, est réduite mais spectaculaire. Je vais citer un court extrait du livre Un musée retrouvé de Bertrand LEMOINE et Jean MESQUI.

« Les maquettes mises en place par le service des voies navigables furent sans doute les plus remarquables du musée par leurs possibilités d’animation.

Les maquettes furent réalisées de façon spectaculaire : portes de barrage pouvant être levées, ponts roulants manoeuvrables, portes d’écluses s’éclipsant devant des bateaux flottant sur de l’eau mise en mouvement grâce à des bacs communicants, le tout commandé à distance.

Il est peu de dire que ces éléments étaient, à l’époque, à la fois révolutionnaires, et tout à fait dans l’esprit du temps. Sans doute les pupitres de commande n’étaient-ils accessibles que pour les guides du musée. Mais on peut imaginer quel était l’émerveillement des visiteurs, surtout les jeunes, en voyant le fonctionnement réel d’une écluse, avec le mouvement des bateaux, ou encore celui d’un grand barrage fluvial. »

Ces maquettes, contrairement à une idée répandue, n’ont pas été réalisées pour le musée des Travaux publics. La maquette de l’écluse électrifiée de

Janville a ainsi été présentée à l’Exposition universelle d’Anvers en 1930 comme le montrent les deux photographies suivantes…

 

 

La maquette de Chatou trônait, quant à elle, sur le stand de l’ONN du premier salon nautique international de Paris (1926)… J’ai retrouvé par hasard un article de revue daté du 28 octobre 1926 qui en fait une description précise.

D’autres maquettes d’ouvrages d’art étaient présentées dans la section fluviale du salon…

La tradition de la maquette monumentale animée est ancienne, comme le montre l’exemple de l’ascenseur à bateaux des Fontinettes construit en 1887.

Deux maquettes sont commandées à l’époque par les Ponts et Chaussées ; une gigantesque maquette au 1/20e reproduisant fidèlement le mécanisme de fonctionnement des deux bacs que l’on peut manœuvrer à l’aide d’une manivelle. Elle est aujourd’hui exposée au musée de la Batellerie. image6

La seconde maquette de petite dimension, fait partie des collections du musée national des Techniques (CNAM).

Des maquettes d’ouvrage d’art pour les voies navigables sont présentes, en nombre, dans toutes les expositions universelles.

En 1889, le visiteur peut découvrir dans l’exposition rétrospective des moyens de transport (je cite un article de la revue La Nature) :

« Une incomparable collection de modèles de barrages et d’ouvrages de navigation fluviale. Elle appartient à l’École des ponts et chaussés ; c’est assurément la plus belle et la plus complète qui existe. »

Dans un autre article sur cette exposition de 1889 on trouve la liste des œuvres présentées dans le « pavillon des Travaux publics », exposition officielle du ministère du même nom :

• On peut examiner des dessins et des modèles très exactement exécutés des barrages de la Seine à Poses, Port-Villez, Suresnes, Bougival et Marly […]

• Le canal du centre montre un exemple des écluses à grandes chutes […]

• Un peu plus loin nous trouvons les détails des travaux exécutés sur le canal de la Marne au Rhin […]

• Le canal du Nivernais, celui du Rhône à Cette, de l’Oise à l’Aisne et de Neufossé, sont également exposés en détail avec leur matériel spécial et perfectionné : pont-oscillant, portes d’écluses équilibrées et ascenseur pour bateaux [nous retrouvons ici notre maquette de l’ascenseur des Fontinettes. image7

Lors de la création du musée des Travaux publics, l’Office national de la navigation et la Compagnie nationale du Rhône furent sollicités, comme toutes les principales administrations et institutions parapubliques. La règle du jeu semble avoir été claire : des réalisations récentes et des œuvres monumentales et animées.

Cette collection d’origine va s’enrichir en 1954 d’un don massif de maquettes de la collection de l’école nationale des Ponts et Chaussées. En 1898 déjà, l’école avait fait don au musée national des Techniques du CNAM d’un ensemble considérable…

Notons, pour l’anecdote, que trois maquettes de cette première cession furent déposées au musée des Travaux publics !

Certains éléments du don de 1954 datent du XVIIIe siècle (pont sur le canal de Bourgogne par Perronet), la très grande majorité du XIXe siècle.

Les maquettes « historiques » de l’ENPC semblent avoir été présentées au public : le socle du pont-canal de Sarralbe est ainsi réalisé avec les mêmes matériaux que ceux des maquettes d’origine… L’étude de l’évolution de la muséographie du musée des Travaux publics reste à faire !

Il y eut d’autres dons moins importants de maquettes fluviales : citons, pour mémoire, les monumentales et superbes maquettes des barrages éclusés hydro-électriques du Rhône réalisés par la Compagnie nationale du Rhône tout spécialement pour le musée.

Citons enfin le cas du barrage du Day, construit sur un bras du Fleuve

Rouge au Tonkin (Nord Vietnam) de 1935 à 1938. Cette maquette est présentée à l’exposition internationale de Liège en 1939… Et c’est seulement en 1953 qu’elle est cédée au musée.

Quelles conclusions tirer de cette analyse des œuvres de la section « voies navigables » ?

Bertrand LEMOINE et Jean MESQUI ont bien souligné le manque de cohérence des collections constituées d’éléments disparates. Le musée des

Travaux publics a rassemblé pendant quelques années des œuvres de provenances diverses, sans logique bien affirmée.

Individuellement, pourtant, ou par quelques grands ensembles représentatifs, ces œuvres ont une grande valeur… Nous les découvrirons bientôt dans le réseau des musées de France.

II / Des œuvres qu’il faut documenter pour pouvoir les mettre en Perspective et qu’il faut « réanimer» !

Un exemple, l’écluse électrifiée de Janville.

Il n’y avait, à mon avis, pas d’autre choix possible que de remettre en eau

Cette monumentale maquette. Le choix existe parfois et une restauration « minimaliste » s’impose souvent pour des raisons déontologiques et/ou financières. La maquette de l’ascenseur des Fontinettes est exposée depuis plusieurs années sans que le mécanisme qui permet de l’animer ait été restauré.

Cette œuvre, statique, garde tout son sens et reste un formidable outil pédagogique…

Je crois que les photographies présentées ici montrent bien, par contre, que la maquette de l’écluse de Janville perdrait tout son sens et tout son attrait si elle n’était pas remise en eau et réanimée…

La maquette, construite vers 1925, avait été restaurée en 1938, à son arrivée dans les collections du musée des Travaux publics. Quatre moteurs de

110 volts permettaient la manœuvre des portes et des vantelles, un petit moteur en 12 volts actionnait le « zinzin », surnom donné par les mariniers au système de rail aérien Chêneau. Une puissante pompe électrique refoulait l’eau…

Un complexe système d’engrenage et de vis sans fin, lié à des contacteurs au mercure, permettait de minuter les différentes manœuvres.

Bien entendu, il n’était pas question de réutiliser ce mécanisme, pour d’évidentes raisons de sécurité. Celui-ci a été soigneusement photographié, démonté et conservé. Une partie est exposée sous la maquette.