Musée de la batellerie et des voies navigables

Exposition temporaire « Bateaux des fleuves du Monde »

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Du 19 novembre 2016 au 8 janvier 2017, le musée de la batellerie et des voies navigables vous invite dans un voyage fluvial à travers le monde. L’exposition s’articule autour de deux grandes pirogues. Les visiteurs peuvent également découvrir des lithographies signées d’un spécialiste, Jean Poujade, ou encore des dessins de François Beaudouin, le père de l’archéologie nautique fluviale, fondateur du Musée de la batellerie en 1968.

L’exposition s’appuie sur l’étude scientifique que Mr Rieth, chercheur CNRS (LAMOP) du musée de la marine, a réalisé sur l’ensemble des maquettes.

Pour prolonger la visite, découvrez dans la salle audiovisuelle trois étonnants documentaires de la chaines « 8 Mont+Blanc » et de l’association « autrefois le Valais » sur les barques du Léman, magnifiques bateaux de charge à voiles latines qui approvisionnaient les populations établies autour du plus grand lac alpin.

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Jean Poujade et François Beaudouin : deux « héritiers intellectuels » de l’amiral Pâris (1806-1893), « père » de l’ethnographie nautique maritime et fluviale.

Jean Poujade  n’était pas issu du milieu de la marine ni de la recherche, mais de celui de la magistrature et du barreau. Parallèlement à une carrière juridique menée en France et en Outre-Mer, dans l’ancienne Indochine française et en Afrique, il poursuivit de nombreuses études dans le domaine de l’ethnographie nautique. Naviguant à la plaisance, il avait une connaissance pratique des bateaux et de leurs manœuvres. Son œuvre la plus connue est son ouvrage consacré à La route des Indes et ses navires publié en, 1946, qui développe certains raisonnements comparatistes et diffusionnistes qui, aujourd’hui, apparaissent critiquables. En revanche, un aspect de la pensée de Poujade garde toute sa pertinence. C’est celui de sa démarche ethno-archéologique qu’il résume en ces termes : « … les observations ethnographiques, c’est-à-dire l’étude de faits actuels peuvent être … d’un grand secours aux archéologues en leur évitant des efforts d’imagination qui les conduisent souvent à des solutions difficilement acceptables … ». Poujade, dont les liens avec le Musée de l’Homme étaient étroits, fût le fondateur d’une Collection de Documents d’ethnographie navale, d’archéologie navale, d’ethnographie terrestre, d’archéologie terrestre, d’un très grand intérêt mais qui a malheureusement été beaucoup trop vite interrompue (1946-1948). Dans le fascicule introductif exposant les idées générales de la collection, Poujade se plaçait d’emblée dans la continuité de l’œuvre de l’amiral Pâris en faisant un historique très complet des Souvenirs de marine conservés et en soulignant son importance scientifique. En deux courtes phrases très symboliques rappelant à l’évidence l’esprit de l’Essai, il définissait toute son approche : « … un bateau représente, pourrait-on dire, au moment de sa construction, la synthèse d’une culture ». Et Poujade ajoutait : « Un bateau résume une société ».

François Beaudouin,  marin, artiste peintre, chercheur, fondateur et premier conservateur du Musée de la Batellerie, en suivant un itinéraire professionnel et intellectuel profondément différent de ceux de Jean Poujade et de l’amiral Pâris, a repris, en les façonnant en fonction de son expérience « d’historien nauticien », comme il se définissait lui-même, et aussi de praticien de la construction navale et de la navigation maritime et fluviale, les principes fondamentaux de la pensée ethnographique de Pâris. Cet authentique « passeur d’idées » que fût François Beaudouin, et qui le demeure à travers ses nombreuses publications dont ses trois livres emblématiques, Bateaux des côtes de France (1975), Bateaux des fleuves de France (1985), Paris sur Seine, ville fluviale (1993), a été à l’origine en France du renouveau de l’intérêt pour le patrimoine nautique maritime et fluviale. Pour François Beaudouin, prolongeant le point de vue profondément novateur pour l’époque de l’amiral Pâris sur la notion du « bateau comme objet d’histoire et témoin d’une culture et d’une société », le bateau était aussi un « témoin et un acteur d’histoire » selon son expression. Dans l’introduction de sa monographie sur le bateau de Berck publiée en 1970, François Beaudouin s’interrogeait de la façon suivante sur le triptyque constitué par le bateau, le milieu et l’homme  : « … l’étude du bateau et des techniques nautiques constitue la meilleure voie d’accès à l’homme de l’eau ; nous nous efforçons pour cela de mettre en évidence la façon dont le bateau est déterminé dans ses formes, sa structure, ses dimensions, son existence même par un grand nombre de facteurs géographiques, historiques, techno-économiques, comme l’homme lui-même mais de façon visible et durable. A l’inverse, nous essaierons de montrer de quelle façon  il [le bateau] peut témoigner de l’action de ces multiples facteurs et constituer un document de grande valeur pour l’ethnologue ». Et c’est dans cette même perspective d’une anthropologie du bateau que François Beaudouin percevait et exprimait l’étude des bateaux de navigation intérieure.

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Typologie des maquettes de bateaux selon Jean Poujade et François Beaudouin

Chercheurs, Jean Poujade et François Beaudouin avaient aussi tous les deux un grand intérêt pour les modèles réduits de bateaux en tant que documents et sources. Au même titre que les sources manuscrites écrites, imprimées, iconographiques, graphiques, ethnographiques, archéologiques nécessitent une approche critique passant, notamment, par l’établissement d’une typologie, les maquettes impliquent une même mise en perspective critique et typologique.

Jean Poujade classait les modèles en trois catégories en fonction de leur contenu technique :

  1. les maquettes reproduisant un bateau à l’échelle et dans tous ses détails.
  2. les maquettes qui reproduisent un bateau dans ses détails, mais sans tenir compte des proportions.
  3. les maquettes hors-échelle et à la fois inexactes dans leur forme et leur structure, et incomplètes dans les détails.

Selon la catégorie considérée, l’apport du modèle réduit à la connaissance technique du bateau représenté ou censé être figuré varie grandement. En revanche, sa dimension de témoignage culturel demeure la même.

 

François Beaudouin, qui lui-même réalisa de nombreuses maquettes d’étude tout particulièrement, classait les modèles réduits en trois grandes catégories rejoignant en partie la typologie de Jean Poujade.

  1. les maquettes « de chantier » à échelle réduite constante (réduction des surfaces au carré et des volumes et des poids au cube) renvoyant à une conception « savante » de la construction navale.
  2. les maquettes « fonctionnelles » navigante à échelle variable où la finalité fonctionnelle implique d’introduire des distorsions dans les échelles de réduction (surfaces, volumes, poids) et qui, en outre, conduisent fréquemment à augmenter les échelles des organes de propulsion et de direction.
  3. les maquettes « décoratives » qui comprennent deux sous-catégories : les maquettes « figuratives » quand elles sont construites à échelle constante et celles « impressionnistes » ou « sensibles » lorsque les échelles sont variables.

Outre cette typologie des maquettes permettant de mieux évaluer leur apport documentaire, François Beaudouin a défini une méthode d’étude, de description, d’analyse et d’interprétation des modèles réduits particulièrement intéressante.

Les maquettes constituent en effet une source de grand intérêt car, à la différence des relevés architecturaux en deux dimensions, elles permettent de percevoir directement et globalement la réalité, à échelle réduite et en trois dimensions, du volume d’une coque ou de l’envergure d’un gréement, d’isoler un détail d’équipement de bord ou d’accastillage et de pouvoir replacer immédiatement ce détail dans l’ensemble, restitué en trois dimensions, du bateau.

Par ailleurs, et au-delà de leur dimension documentaire, les maquettes, qu’elles appartiennent à l’une ou l’autre des catégories définies par Jean Poujade et François Beaudouin, représentent souvent l’unique et ultime témoignage d’une tradition nautique. Objets d’histoire, elles deviennent alors des objets de mémoire, témoins d’un patrimoine culturel disparu.

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